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Le harcèlement au travail

J’ai hésité à faire cet article. J’ai encore peur parfois du jugement sur cela. J’ai toujours peur plus d’un an plus tard des représailles. Mais il est temps que les langues se libèrent sur ce sujet pourtant tant médiatisé ces derniers mois. Dans cet article, je ne citerai ni nom d’entreprise ni prénoms – pour les raisons données plus haut. 

Si nous revenions au début de cette histoire ? Juin 2016, je suis diplômée. Je fais une pause avant mon master et j’intègre « la vraie vie active ». Je trouve très rapidement du travail puisque je commence début juillet. Au début, c’est cool, il y a du boulot ça, c’est sûr. Je ne compte pas mes heures, de toute façon, c’es très mal vu ici de ne pas faire d’heures supplémentaires. Mais moi, j’aime faire les choses bien, alors s’il faut en faire, j’en fais. Mais vite, j’en fais trop. 

Je tiens le rythme, de nouvelles têtes arrivent à la rentrée, ça fait du bien. Pour autant, le management n’est pas au top niveau. Il y a quand même une forte pression et un sentiment d’inégalité avec mes collègues masculins. Souvent, je me répète que je me fais des films, que c’est que dans ma tête. 

Entre femmes, on en parle peu au début et on prend les remarques comme des blagues. Sauf qu’entendre une fois «mets cette robe là pour vendre » c’est une blague, deux fois ce n’est plus drôle, mais 3,5, 10, 20 fois c’est humiliant. Les réflexions étaient de plus en plus nombreuses et de plus en plus graveleuses. 

Je les entends presque tous les jours, elles me sont destinées ou destinées à mes collègues, mais c’est la même chose. Je pars au travail en me demandant à quoi j’aurai le droit. Le soir, quand je suis de fermeture à 23h avec ce manager, je stresse, je fais en sorte qu’il y ait du monde qui reste le plus tard possible. J’ai 22 ans, c’est mon premier vrai travail et j’ai peur. Mais je ne parle pas, parce que je me dis encore que je dois me faire des films. Personne ne sait autour de moi tout ça, pas même mon chéri. Les seules qui savent, ce sont les femmes avec lesquelles je travaille, mais elles n’ont plus ne disent rien.

Et puis un jour, l’une d’elle a eu la force d’en parler, de soulever ce problème et ce mal-être. Elles a délié les langues. Grâce à elle j’ai aussi réussi à parler. Mais ce fut pire. Individuellement, on nous convoque dans le bureau du manager régional. Il me demande les faits, je lui énonce. Rien ne le choque. Il me dit même que ces accusations sont suspectes, car elles arrivent au moment où un poste plus haut placé s’ouvre. On me reproche de faire cela, car je suis une arriviste. J’ai parlé, je me suis enfin ouverte et on me place comme coupable. La seule réaction de la personne, c’est de me donner le numéro de RH et de me dire que « si ces accusations sont véridiques » je dois appeler la RH maintenant, à côté de son bureau sans avoir le temps de réfléchir à mes mots. 

Entre temps, il informe notre harceleur. Je vous laisse imaginer la pression. La RH s’est saisie du dossier, mais j’ai l’impression qu’elle met des années à revenir vers moi. Quand elle revient (cette fois, c’est une femme), je me sens plus écoutée. Puis rapidement, on me fait peur, on me parle d’amende et de prison si je mens. Je garde le cap, ce que je dis est vrai et je veux en découdre. 

Entre temps mon médecin m’arrête car mes nerfs lâchent. Je suis en arrêt presque deux mois. Mais je dois reprendre. À mon retour, rien a changé. Ah si, j’ai maintenant le droit à des réflexions sur mon travail, je suis fliquée comme si c’était moi qu’on voulait mettre dehors. Je continue de fermer l’agence avec cette personne avec toujours plus de stress. Après, de mois de combat, nous sommes toutes épuisées. J’ai l’impression de ne pas en voir le bout. C’est à ce moment que j’ai décidé de reprendre mes études et de partir. Entre temps, mon harceleur est parti, enfin, c’est ce qu’on me dit. Moi ce que je sais, c’est que j’avais 22 ans, qu’on ne m’a pas écouté, qu’on m’a placée comme responsable alors que j’étais victime. 

Aujourd’hui j’ai 24 ans, je vais mieux, et si un jour ça m’arrive à nouveau je parlerai et je parlerai vite.

J’ai écrit cet article pour toutes les femmes qui sont actuellement dans une situation similaire. Vous n’êtes pas seule. Je sais que c’est difficile de le voir, mais il y a de bonnes personnes qui vous entourent. Parlez, surtout parlez, à un proche, à une personne sur un forum, à votre médecin, mais ouvrez-vous. Vous n’êtes pas responsable de cette situation, vous êtes victime, ne l’oubliez pas. Les personnes qui vous détruisent psychologiquement méritent d’être punies et vous méritez de retrouver votre bonheur. 

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