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Mon corps : je t’aime, je te hais !

Je sais que j’ai longtemps dit qu’un jour j’en parlerai, qu’un jour j’ouvrirai mon cœur sur ce sujet. Mais je ne l’ai jamais fait car j’avais peur. Je n’avais pas spécialement peur du jugement des autres mais j’avais peur de mon propre jugement. Aujourd’hui bien que cela ne soit pas encore parfait, j’ai décidé de parler de ma relation avec mon corps – tantôt conflictuelle tantôt stable.

Commençons par le commencement. Je commence le sport assez jeune et je voue une passion à la danse classique qui aura pendant de longues années une place très importante dans ma vie. Je fais même partie d’une classe spéciale au collège pour pouvoir passer mes après-midis au conservatoire de danse. Le rythme soutenu et l’essence même de ce sport fait que je suis plutôt filiforme. Je ne suis pas encore formée, j’ai encore un petit ventre de bébé (pas de gras juste tendu) mais déjà j’entends les réflexions de mes camarades de danse. Je ne dis trop rien mais mon cerveau les garde bien en mémoire. Ma meilleure amie la puberté fait son arrivée et je commence à être formée vers mes 13 ou 14 ans. J’ai des seins… mais les danseuses n’ont pas de seins, mes copines n’en n’ont pas autant que moi. Je garde ça pour moi mais je n’aime pas ça.

Il est temps de rentrer au lycée. Je ne suis définitivement plus une enfant. J’arrête les horaires aménagés et j’ai déjà un corps plus « adulte ». Je me trouve un peu grosse et je déteste toujours autant ma poitrine mais avec le temps j’oublie. Je réduis beaucoup la danse et le sport. Vous imaginez donc que je prends pas mal de poids pendant mon lycée. Mais je ne m’en rends pas compte. Je vis mon lycée d’une jolie manière, je ne suis pas plus complexée que ça, la coupure avec la danse m’a fait du bien. Pourtant, je suis en surpoids. Je commence ma première année dans le supérieur et je mange – mal – je profite de la vie et je me pose peu de question. Mais je commence à voir dans le miroir que je n’ai pas vraiment le corps que j’aimerais.

Je commence à nouveau à le détester. Puis je rencontre Alex, je lui plais comme ça alors ça ne doit pas être si horrible après tout. On commence le sport ensemble, j’aime bien ça, je me sens bien après les séances. Je perds quelques kilos et ma famille me félicite car ils ne voulaient pas me le dire avant mais j’avais pris pas mal de poids, ils me le disent maintenant.

Je ne sais pas si c’est le fait qu’on me félicite pour cela ou le fait qu’on m’avoue qu’il était temps, mais je me dis que je dois continuer et ne pas m’arrêter là. On entame une nouvelle année scolaire, on emménage ensemble et on s’inscrit à la salle de sport. Je continue ma perte de poids mais je n’aime pas mon corps, il me dégoûte. Je dois continuer plus fort. Dans ma tête c’est le Chaos : « comment fait-il pour aimer ce corps que je déteste ? « . Pendant mes deux ans de DUT, je continue à fond le sport, surtout le cardio, je n’ai qu’une idée : ELIMINER. Les efforts paient : je passe en dessous des 55 kg. Ce n’est toujours pas assez. Je mange moins, beaucoup moins. Mais devant les autres, je mange, je sors, je ne laisse pas paraitre grand chose. Il faut qu’ils pensent que tout va bien, c’est important. Vite, je descends à 50 kg. Je suis contente mais pas satisfaite, je fixe mes objectifs toujours plus bas : je veux être en dessous des 50 kg. Je mange toujours moins et je descends à 47 kg. On me félicite toujours autant pour ma perte poids. Je suis maigre, j’affiche fièrement mon « thigh gap » et mes abdos (de maigreur). Je vais mal mais peu de personnes le remarquent car j’ai l’air « healthy » et je joue bien le jeu de la fille épanouie et fière de sa perte de poids.

Nos deux années d’études à Caen touchent à leur fin. On emménage à Nantes et je ralentis pas mal le sport, je reprends un peu de poids et honnêtement c’est mieux. Je commence le crossfit et je remonte à un poids correct de 57 kg. J’adore, je prends du muscle et je me sens quand même plus énergique. Mais je ne suis pas remise de tout cela non, c’est toujours bien ancré en moi. Je n’ai plus un objectif de poids mais de sécheresse. On doit voir mes abdos, mes cuisses, tout. J’adore qu’on me dise « waouh des abdos », c’est un trophée pour moi.

Seulement, la situation fait que j’arrête temporairement le sport et que je mange – à nouveau ce cercle vicieux – je reviens au poids auquel j’étais il y a 5 ans. Je me déteste, je pleure beaucoup mais je n’ai plus cette motivation qui m’habitait avant. Je me morfonds. Je me hais. Je pense même à des manières plus radicales de perdre auxquelles je n’avais jamais songé. Alex le voit et devient ma source de motivation pour retourner au sport et ne pas sombrer.

2019 – fin d’été, les résultats se font enfin voir, j’ai perdu 8kg. Je fais genre, je dis que j’assume mes formes. Mais si vous saviez à quel point je les hais. Ce n’est pas suffisant. La balance n’affiche pas le poids d’avant. Je me fixe à nouveau des objectifs toujours plus bas. La différence avec il y a 5 ans c’est que je m’alimente encore. C’est dur de mettre ces mots à plats aujourd’hui, car je n’ai pas encore tourné la page. Je me déteste mais donne une autre image. Quand je me regarde, je vois mon ventre ballonné, mes cuisses que je déteste tellement.

Vous l’aurez compris, mon corps et moi c’est « je t’aime – moi non plus ». Poser ces mots me fait prendre conscience encore plus de cette relation, mais je ne sais pas encore comment m’accepter. J’ai bon espoir que j’y arriverai un jour et que je pourrai dire à haute-voix et à moi-même : « je t’aime ».

À toutes celles qui sont dans cette situation : entourez-vous, ne vous laissez pas vous noyer. Vous n’êtes pas seules, nous sommes fortes et nous surpasserons tout ça.

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